A comme Anosmie

A comme... Anosmie

Anosmie, petit nom qui sonne doux a pourtant tout d’un méchant.

L’anosmie est la perte totale de l’odorat. On parle également d'hyposmie lorsque la perte est partielle. De naissance ou suite à une cause survenue plus tard, l’anosmie fait des ravages chez les personnes qui en souffrent. Lorsque le nerf olfactif est sectionné comme après une chute par exemple, la perte est totale et aucune solution curative n’a été mise en avant pour l’instant. Dans le cas des polypes, excroissances pénibles qui se logent dans la cavité nasale, une opération chirurgicale peut être envisageable et avec un peu de chance, l’odorat ou bien une partie, peut être retrouvé.

Convive malpolie chez un hôte qui ne sait comment s’en défaire, l’anosmie ne rend pas simple le quotidien. Le taux de dépression des personnes anosmiques s’élève à 43 %. À cela s’ajoute toutes les problématiques liées à l’hygiène personnelle, l’hygiène liée à la garde des enfants mais aussi à la propreté du foyer. Autant de situations qui réduisent la volonté de se prêter aux sorties de groupe (20 %), de sortir ou de rencontrer de nouvelles personnes (21 %). Pour finir, 38 % reportent que leur problème d’odorat a affecté leurs relations intimes et le plaisir lié à l’intimité.  Cuisiner devient un moment anxiogène de par la peur de ne pas détecter une fuite de gaz, de faire brûler ses aliments ou encore, de ne pas être capable de reconnaitre des produits périmés. Le plaisir de manger aussi s’en est allé à cause du système de retro-olfaction devenu défectueux.

La médecine n’a pas grandes réponses et juge souvent que « ce n’est pas comme perdre l’audition ! » Certes, mais cela veut-il dire, heureux celui qui ne sentira jamais la douce odeur de son nouveau-né ? Heureux celui qui ne respira plus la fraîcheur des matins printaniers ? Ou bien, celui qui ne sera pas capable de détecter une odeur corporelle déplaisante ?

Les odeurs sont ses molécules indescriptibles et impalpables qui ne manquent qu’une fois qu’elles ont disparues. Chacun à son propre panel d’adjectifs pour les qualifier et au final, tout le monde se comprend. La créativité du vocabulaire olfactif fait du bien et laisse place à l’imagination. La question que l’on peut se poser est : est-ce que l’imagination suffit à redonner le sourire aux anosmiques ?

La recherche sur le sujet avance à petits pas de souris. Alors que chacun se prête volontiers à un check-up régulier avec l’aide d’une panoplie d’outils diagnostiques, qu’a donc l’odorat ? Difficile de s’imaginer un examen de ce sens. Il existe pourtant certains tests de reconnaissance (présence / absence de reconnaissance d’une odeur) et d’identification (nommer l’odeur en question). Ils ne sont malheureusement que très peu utilisés, laissant un peu le flou sur les compétences olfactives de chacun.

Conséquences psychologiques désastreuses et la madeleine de Proust envolée, les anosmiques ont souvent recours à une personne-ressource qui a la mission de sentir pour eux. Si nous ne pouvons pas redonner l’odorat, pouvons-nous au moins redonner un brin de plaisir lié à l’olfaction ? La voilà notre mission ! Alors, il ne reste plus qu’à nous chercheurs, médecins, ingénieurs, psychologues, artistes etc. de trouver le moyen de redonner tout l’hédonisme que provoquent les odeurs à ceux qui ont en perdu l’accès. Pour cela, Grenoble École de Management a créé la chaire « Anosmie : Rendre visible l’invisible ».

Mais pour l’instant, faisons confiance à l’équipe de Journal d’un Anosmique et partons en route pour un voyage anosmique.


par Lucie Cormons

anciennement assistante de recherche sur l’anosmie à Grenoble École de Management

Pour l'abécédaire de Journal d'un anosmique

Article publié dans https://www.journaldunanosmique.com/post/a-comme-anosmie


#journaldunanosmique #voyageanosmique #sens #odorat #anosmie #madelinedeproust


 

Lucie Cormons

Psychologue Clinicienne

  • Twitter
  • LinkedIn

©2020 par Lucie Cormons. Créé avec Wix.com